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Gastronomie et rencontres

Les étapes et découvertes des premiers jours ont été aussi palpitantes qu’éreintantes, et nous avions grand besoin de ralentir un peu le rythme, comme pour prendre le contre-pied de la vitesse ambiante. Voilà donc deux jours que nous nous réveillons si tard que nous loupons le petit déjeuner de l’hôtel. Il faut aussi se rendre compte de l’énergie dépensée à préparer ce grand voyage pendant de nombreux mois; et après avoir achevé les étapes plus importantes, c’est-à-dire trouver un logement et de la nourriture exceptionnelle, nos corps y ont vu là l’opportunité de se relâcher. Ce qui est comique, c’est que hier matin, sur trois personnes, dont une petite fille de 4 ans je vous le rappelle, personne n’a entendu le chant du coq avant 11h tout de même…

Nous avons donc commencé ces deux dernières journées tranquillement, entre dessins pour Alex et lectures et jeux pour moi et Anaïs. Hier, vers 16h nous sommes allées entre filles nous promener. J’avais repéré lors de ma balade en solo une partie plus éloignée du parc où il y avait une aire de jeux pour enfants et Anaïs était évidemment très enthousiaste de se dépenser un peu, malgré la lourdeur ambiante (32° et orageux), ainsi que de se faire quelques nouveaux amis, même si juste pour quelques minutes.

L’endroit est très agréable. Les parents ici sont aussi prudents avec leur progéniture que nous en Belgique, ce qui donne l’impression d’être en communauté: nous faisons chacun attention à notre enfant mais sommes également attentifs aux enfants des autres. L’ambiance est vraiment agréable. Au début, notre petite puce semblait un peu perdue et avait peur que personne ne veuille jouer avec elle. En effet, il y avait une fratrie de petits garçons taïwanais (je crois) qui malgré leur excellent anglais n’avait pas trop l’air de vouloir jouer avec elle. Je lui dit qu’il faut être patiente, il y aura sûrement d’autres enfants qui eux… Et je n’ai pas le temps de finir ma phrase qu’une adorable petite fille vietnamienne vient prendre Anaïs par la main. Et c’est parti! Elles courent partout, jouent à toutes les attractions. Anaïs parle enfin anglais même si sa copine n’a pas l’air de comprendre: elles utilisent le langage du corps et ça fonctionne très bien. La petite fille, rigolote et généreuse, partage son jus de fruit et ses boulettes de riz. Anaïs accepte le jus mais refuse poliment le met de peur que ça ne pique, et elle a probablement raison. Mais le vent se lève. “Un cyclope, maman!”  – “Non, ma chérie. On dit un cyclone, mais je ne pense pas que ce soit ça. On va tout de même rentrer”. a souffle de plus en plus fort, les grandes feuilles tombent sur le sol. Anaïs court en chercher une “pour s’abriter si jamais il pleut”. Ca lui donne des airs de Totoro, c’est rigolo. Il ne pleuvra pas, finalement, mais j’avoue que le ciel était si menaçant que nous étions bien contentes d’arriver à notre chambre.

Une heure ou deux plus tard, nous décidons de retourner (encore!) au Bookworm’s coffee car la petite puce voulait un sandwich depuis déjà quelques jours. Nous mangeons vraiment très bien, mais ça devient une habitude: une pizza avec pleins de “fausses” viandes pour Alex et un Pho (prononcé “feu”) au faux poulet qui était tellement convaincant que j’ai failli leur demander s’ils ne s’étaient pas trompés. Le tout accompagné de jus frais de pastèque. Miam miam. À la table d’à côté, il y a une jeune femme d’une quarantaine d’années et ses deux enfants, avec qui Anaïs n’a pas tardé à faire connaissance: Ethan et Kimberley, petits écossais de Glasgow aux cheveux d’or et aux tâches de rousseur. Nous papotons avec Johana, la maman, qui nous raconte qu’il sont arrivés il y a quelques jours et que c’était la première fois que ses enfants prenaient l’avion. Ils repartent demain pour visiter le nord et le milieu du pays avec son mari. Eux aussi aimeraient bien s’installer ici, ou ailleurs en Asie, pendant quelques temps. Nous parlons de l’Ecosse, de langues, d’accents et d’instruction en famille, concept qui la tente également. Au moment de régler l’addition, j’ai failli lui demander son adresse email, et puis non. Comme si ce moment partagé devait rester dans l’instantané, je n’ai pas voulu me bercer de l’illusion que nous garderons le contact. Elle non plus ne dit rien. Nous nous disons au revoir et leur souhaitons une belle aventure, qu’importe où elle les mènera. Et qui sait, peut-être qu’on se re-croisera…

Aujourd’hui, après notre deuxième grasse mat’ d’affilée (sauf pour Alex qui croquait des femmes de bon matin, heureusement que je suis pas jalouse hein!), Anaïs et moi décidons tout de même de nous poser sur la terrace pour un petit déjeuner improvisé avec les fruits que nous avons achetés bien trop chers à une dame dans la rue: deux raviers de mangue et de papaye pour 60.000 dongs (2,5$). Oui, je sais, vous dire ça comme ça, ça fait très “radins européens”, mais quand on sait qu’un plat au resto coûte la même chose,… On aura peut-être au moins la satisfaction de se dire que le prix gonflé que cette vieille dame nous aura demandé ne nous aura pas coûté grand chose à nous, mais ça aura pu faire une différence appréciable pour elle. À 13h, nous décidons de sortir luncher, et on a bien envie de se faire plaisir avec le fameux resto japonais repéré il y a quelques jours dont je vous avais parlé. On le retrouve assez facilement, maintenant que je commence à me repérer dans le quartier: ça s’appelle Ichiba Sushi (District 1) et dès que nous franchissons le seuil, je regrette de ne pas m’être mieux habillée et un peu maquillée: l’endroit est branché, climatisé, et on devine tout de suite le haut standing. Nous commandons en faisant semblant de ne pas regarder les prix: des sushis au saumon et au thon pour Anaïs, des rolls végétariens pour moi et pleins de créations très jolies pour Alex. Ce resto est franchement à recommander: tout y était délicieux, frais, le riz parfaitement cuit, les sushis, maki et autres folies originales bien équilibrées au niveau des saveurs et des textures, bref une superbe découverte à niveau presque gastronomique. Total de la note: 1.150.000 dongs, soit 50$, à trois, c’est plus que convenable. C’est certain, on ne va pas y aller tous les jours, mais pour se faire plaisir de temps en temps, c’est l’endroit idéal!

Le temps d’une petite sieste pour digérer tout ça, et nous sommes en vadrouille car Alex a rendez-vous avec un expatrié iranien croisé sur un forum de voyageurs pour acheter une raquette de tennis et faire plus ample connaissance, car pour pouvoir jouer au tennis, il faut être… au moins deux! Nous nous rendons au Thu Sports Center à 15 minutes de marche, et malgré le prix des raquettes Wilson avec beaucoup de zéros, l’addition se révèle être moitié moins chère qu’en Europe. Une aubaine pour un produit “de luxe”. Anaïs et moi laissons Alex faire son shopping et retournons au parc nous amuser. Il nous y rejoint quelques minutes plus tard, accompagné d’une jeune fille. Je hausse le sourcil – oui, je sais, j’ai dit que je n’étais pas jalouse, j’ai menti – il me fait de grands signes: c’est une école de langues, ils cherchent des volontaires bénévoles pour discuter en anglais avec des étudiants dans le parc. Chouette! J’y vais et je passe 30 minutes à faire connaissance avec un groupe de 4 étudiants âgés de 21 à 24 ans extrêmement sympathiques et motivés. Ils me filent quelques bonnes adresses et quelques tuyaux; comme de ne pas acheter de fruits dans la rue (ah bon?) et préférer les supermarchés pour être surs de payer le bon prix, ainsi que d’éviter le marché Ben Thahn qui est un piège à touristes bien trop cher. Je pensais justement m’y balader demain, mais même si j’y vais, ça ne veut pas forcément dire acheter, n’est-ce pas? Il est 18h15 et la nuit tombe déjà. Nous faisons une photo ensemble et je reçois un petit livre “How to survive in Saigon” écrit par les étudiants en question, ainsi qu’un éventail qui a tout de suite rendu le sourire à Anaïs, elle qui était déjà triste de devoir quitter le parc.

Plus tard, Alex ayant encore des bulles sur la planche, Anaïs et moi allons dîner toutes les deux en tête à tête. Riz frit aux légumes pour moi et un plat de nouilles pour elle. Nous discutons un peu avec la gérante du restaurant du coin qui a affiché des photos de ses propres périples dans le pays. Elle nous dit qu’elle adore voyager, c’est ce qui la rend heureuse. Elle est enceinte de 8 mois, c’est un garçon. Je la trouve tellement belle, elle a dans le regard quelque chose de tendre. Au moment de partir, elle offre une bouteille d’eau fraîche à Anaïs, qui me dit dans l’oreille qu’elle l’aime bien et qu’elle veut lui offrir son éventail. Je vérifie qu’elle est bien sûre, vu qu’elle nous parle d’acheter un éventail depuis la veille de notre départ… Elle confirme et s’en va donc lui donner son précieux: “I have a surprise for you,” dit-elle. La jeune femme est flattée, mais refuse: “You need it to stay here, I have one already.” Elle a dû lire la déception dans le regard de ma fille et lui propose un échange: “Ok, I give you mine, and you give me yours.” Le cadeau est précieux: un éventail en tissu peint à la main avec des scènes de vie vietnamienne. Elle me dit ce qui est écrit dessus: “The stream of the sea is strong, but not as strong as a mother’s love. The strength of the wind is mighty, but not as mighty as a father’s love” – elle me sourit: “She will keep this in her heart forever”.

J’en ai les larmes aux bords des yeux. Appelez-moi sentimentale, mais c’est ce genre d’épisodes qui restent gravé dans les mémoires: des rencontres toutes simples, des actes de gentillesse gratuits, et des prophéties dont on sait qu’elles seront vraies.

À très vite!

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